De la vision à l’action : façonner le plan d’action euro-méditerranéen pour 2036
Publié le 06 mai 2026
Réunis à Athènes pour célébrer deux décennies d’impact, le réseau ANIMA Investment Network, en partenariat avec Enterprise Greece, a organisé un symposium international consacré à la transformation des perspectives en stratégies concrètes pour la région euro-méditerranéenne au cours des dix prochaines années. L’événement a rassemblé des intervenants de haut niveau autour de quatre piliers essentiels : les chaînes de valeur, le changement climatique, le capital humain et la confiance numérique.
En ouverture du symposium, M. Emmanuel Noutary, délégué général d’ANIMA, a défini le réseau comme une « porte d’entrée essentielle entre l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient », soulignant que l’objectif de la rencontre était de « travailler ensemble pour transformer la prospective en feuilles de route de coopération politique », qui constitueront l’ossature de la stratégie future du réseau.
Mme Vasso Kyrkou, directrice générale de la communication, du marketing et des relations avec les parties prenantes d’Enterprise Greece, a insisté sur le fait que la véritable valeur d’ANIMA réside dans la « continuité » — du dialogue, de la confiance et de la coopération professionnelle. Elle a invité les participants à dépasser les risques régionaux en affirmant : « la vraie question est de savoir si nous pouvons nous organiser suffisamment bien et travailler suffisamment sérieusement ensemble pour rendre ce potentiel plus visible, investissable et concret ».
Le Dr Marinos Giannopoulos, PDG d’Enterprise Greece, a appelé à passer « du diagnostic à l’action », reconnaissant que si la région fait face à des pressions géopolitiques et climatiques, « la géographie seule ne suffit pas ». M. Tarak Chérif, président d’ANIMA, a renforcé ce point en affirmant que, malgré les instabilités mondiales actuelles, « le dialogue n’est pas un héritage du passé, mais une condition de l’avenir ».
Le symposium a proposé une analyse à la fois lucide et porteuse d’opportunités des investissements directs étrangers (IDE). M. Achim Hartig, responsable du réseau de l’OCDE des agences de promotion des investissements, a souligné la forte baisse des projets « greenfield » à l’échelle mondiale, tout en rappelant que la Méditerranée demeure un « corridor stratégique reliant l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient ». Il a plaidé pour que les avantages nationaux soient « mobilisés au service de la prospérité d’un ensemble économique plus vaste » grâce à la coopération.
M. Andreas Dressler, fondateur de FDI Center, a identifié cinq grandes tendances, dont la montée du « friendshoring » — l’idée que les entreprises investissent dans des pays politiquement alignés. « L’IDE est devenu hautement politisé », a-t-il affirmé, ajoutant que « chaque décision d’investissement est, en fin de compte, une décision politique ». Il a également désigné la transition énergétique comme « la principale opportunité en matière d’IDE », notamment à travers les projets d’énergies renouvelables et les réseaux énergétiques intégrés.
Les tables rondes et interventions ont mis en évidence quatre piliers essentiels pour la compétitivité méditerranéenne à l’horizon 2036 :
Le premier panel thématique a examiné la faisabilité d’une chaîne de valeur méditerranéenne pleinement intégrée. Panayiotis Agathocleous, directeur du port de Limassol, a estimé qu’une intégration totale est peu probable à court terme, mais que « des intégrations partielles, sectorielles, sont réalistes », notamment dans l’automobile, l’aéronautique ou l’énergie.
Clodagh Barry, directrice du Cluster Centre, a insisté sur la nécessité de passer « d’îlots d’excellence à une réponse systémique régionale ». Selon elle, « la compétence régionale » devient un facteur clé d’attractivité : « il ne s’agit plus seulement de production à bas coût, mais de ce qui est visible, reconnu et durablement ancré ». Giovanni Zazzerini, secrétaire général de l’INSME, a ajouté que l’intégration doit impliquer des acteurs de toutes les zones géographiques, plutôt que de considérer l’Afrique du Nord uniquement comme une source de main-d’œuvre bon marché.
Constantin Tsakas, économiste en chef de Plan Bleu, a dressé un constat alarmant : la Méditerranée se réchauffe 20 % plus vite que le reste du monde. Il a présenté plusieurs scénarios à l’horizon 2050, allant d’un « effondrement dû à l’inaction » à un « modèle méditerranéen endogène » fondé sur la coopération Sud-Sud. Il a souligné que la région ne manque pas de capitaux, mais de « mécanismes permettant de correctement valoriser et sécuriser ces investissements ».
Les discussions ont mis en lumière les réponses industrielles face au stress climatique. Meryem Rachdi, présidente de la Fédération des clusters marocains, a expliqué qu’au Maroc, « nous n’avons plus le luxe d’utiliser l’eau comme auparavant », ce qui a conduit à des stratégies nationales de recyclage de l’eau, notamment dans le textile.
Noha Elbalky, responsable du cluster égyptien d’efficacité des ressources, a insisté : « l’efficacité des ressources n’est plus un luxe, c’est une nécessité immédiate. Sinon, vous serez exclus du marché ».
Mokhtar Zannad, PDG du groupe Aramis, a qualifié l’économie circulaire de « révolution », rappelant l’ampleur du problème du plastique : « chaque heure, deux conteneurs de plastique sont jetés dans la mer ». Il a invité les investisseurs européens à se tourner vers le Sud, où « les coûts énergétiques et de main-d’œuvre sont plus faibles », créant une situation « gagnant-gagnant ».
Les discussions ont opposé « fuite des cerveaux » et « circulation des talents ». Maroun Chammas, PDG de Berytech, a critiqué la rigidité des systèmes universitaires, incapables de s’adapter au rythme de l’économie. Il a souligné que le climat, la qualité de vie et la proximité relationnelle constituent des atouts majeurs pour retenir les talents.
Vasilis Korkidis, président de la Chambre de commerce du Pirée, a insisté sur la nécessité de développer des entreprises durables pour garantir des emplois durables. Il a plaidé pour une « méditerranéisation » des politiques européennes et une stratégie de long terme pour la mobilité des travailleurs nord-africains, estimant que « des millions d’emplois pourraient être créés » si les financements étaient mieux orientés.
La dernière session a porté sur la stratégie d’un « continent propulsé par l’IA ». Le professeur Stefanos Kollias a présenté le projet grec « Pharos », une usine d’intelligence artificielle visant à réduire la dépendance envers les géants comme Amazon ou Google. Il a défini la souveraineté numérique comme « la capacité des États à contrôler et à s’appuyer sur leurs propres infrastructures numériques critiques ».
Nidal Bital, directeur général d’Intaj Jordanie, a mis en avant une opportunité « gagnant-gagnant » : alors que l’Europe manque de talents informatiques, la région MENA dispose d’un vivier croissant de diplômés qualifiés. Amani Muady, de l’association palestinienne des entreprises IT, a illustré la résilience du secteur technologique palestinien malgré de fortes contraintes structurelles. Le panel a conclu que la Méditerranée doit se spécialiser dans des domaines d’IA ciblés, comme la logistique maritime ou l’agriculture.
Le Dr Marinos Giannopoulos a conclu en appelant à concrétiser les analyses par des actions. Le consensus général est clair : la Méditerranée ne doit plus être perçue uniquement comme une zone de risque, mais comme un espace à fort potentiel logistique, industriel et entrepreneurial.
En harmonisant les réglementations et en renforçant la coopération entre clusters, la région ambitionne de devenir un corridor stable, attractif pour les investissements et souverain, reliant trois continents.