Renforcer les chaînes de valeur méditerranéennes : le MACF comme levier d’innovation et de compétitivité

Publié le 22 janvier 2026

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L’année 2026 marque un tournant décisif pour les industries exportatrices vers l’Europe avec la mise en œuvre opérationnelle du Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (MACF). Dans le cadre du projet Euromed Clusters Forward, cofinancé par l’Union européenne, ANIMA Investment Network a organisé son troisième webinaire dédié à cet enjeu majeur pour la région Euro-Méditerranée. L’objectif consiste non seulement d’informer mais aussi de transformer cette contrainte réglementaire en une opportunité stratégique pour renforcer la valeur des produits du Sud.

Le MACF : Un bouclier contre les fuites de carbone

Le MACF a été conçu pour éviter les « fuites de carbone », garantissant ainsi un traitement équitable entre les produits fabriqués dans l’Union européenne et ceux importés. Sans ce mécanisme, les entreprises européennes soumises au système d’échange de quotas d’émission (ETS) pourraient être tentées de délocaliser leur production vers des pays aux réglementations environnementales plus souples. Le principe est simple : imposer aux importateurs l’achat de certificats carbone équivalents au prix payé par les producteurs européens.

Le récent rapport Omnibus a apporté des simplifications notables, notamment en relevant le seuil d’exemption à 50 tonnes d’importations cumulées par an. Si le paiement effectif des certificats est différé à 2027, les entreprises sont désormais dans la phase définitive, exigeant des données réelles et non plus des valeurs par défaut pour la plupart des calculs.

Défis techniques : De la mesure à la déclaration

Le mécanisme cible initialement des secteurs clés : le fer, l’acier, l’aluminium, l’hydrogène, l’électricité, le ciment et les engrais. Pour ces produits, la distinction entre biens simples (comme l’acier brut) et biens complexes (nécessitant plusieurs étapes de transformation) est cruciale pour le calcul de l’intensité carbone.

Le calcul repose sur deux types d’émissions :

  • Émissions directes : issues de l’utilisation de combustibles fossiles ou de processus chimiques durant la production.
  • Émissions indirectes : liées principalement à la consommation d’électricité.

Désormais, les entreprises doivent fournir des valeurs spécifiques plutôt que d’utiliser les bases de données génériques de la Commission européenne, ce qui impose une rigueur accrue dans la comptabilité carbone. Frédéric John, expert de chez D-Carbonize, souligne que cette comptabilité doit couvrir les scopes 1 et 2 du protocole GES (Greenhouse Gas Protocol), tout en notant que l’inclusion du transport (scope 3) reste un enjeu de plaidoyer pour favoriser les circuits courts méditerranéens.

Une course mondiale pour fixer le prix du carbone

Le MACF provoque une onde de choc mondiale, incitant de nombreux pays à accélérer la mise en place de leurs propres systèmes de tarification du carbone. La Chine, par exemple, élargit son système ETS pour couvrir les secteurs visés par le MACF afin de capter localement la valeur de cette taxe plutôt que de la laisser être collectée par l’UE. Des pays comme Taïwan, la Thaïlande et l’Inde suivent cette tendance pour préserver leur compétitivité à l’exportation.

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Ce graphique montre que le monde est engagé dans une course pour donner un prix au carbone.
De nombreux pays créent ou renforcent leurs systèmes de tarification du carbone pour rester compétitifs.

En Asie, plusieurs pays lancent de nouvelles taxes ou marchés carbone afin d’anticiper le MACF et éviter que leurs exportations vers l’UE soient pénalisées :

  • Taïwan (2025)
  • Thaïlande (2025)
  • Malaisie (2026)

Aussi, certains grands pays industriels mettent en place un ETS et adoptent le même principe que l’Europe :

  • Inde : lancement d’un ETS
  • Vietnam : ETS obligatoire
  • Japon : lancement d’un ETS

D’autres pays tels que Singapour, la Corée du Sud et l’Afrique du Sud renforcent les systèmes existants et augmentent le prix de la tonne de CO₂ pour plus d’impact.

Quant à la Chine, le pays ne veut pas subir le MACF, elle s’aligne et élargit son ETS pour couvrir des secteurs visés par le MACF (acier, ciment, aluminium).

De la conformité à l’intelligence carbone : Créer de la valeur

L’un des messages forts de ce webinaire est que la comptabilité carbone ne doit pas être vue uniquement comme une contrainte administrative, mais comme un outil d’intelligence carbone. En cartographiant les flux physiques de l’entreprise parallèlement à ses flux financiers, les décideurs peuvent identifier des gisements d’efficacité insoupçonnés.

Plusieurs cas d’études illustrent cette création de valeur :

  • Optimisation logistique : Réduire les expéditions d’urgence par avion permet de diminuer drastiquement les coûts financiers et l’empreinte carbone.
  • Économie circulaire : Une entreprise de machines industrielles a réussi à réduire ses émissions de 96 % en proposant des services de remise à neuf, ne remplaçant que 5 % du poids total de la machine pour lui redonner une durée de vie complète.
  • Efficacité énergétique : L’installation de panneaux solaires ou l’optimisation des fours permet de réduire directement la dépendance aux énergies fossiles et les coûts opérationnels.

Le rôle crucial des clusters méditerranéens

Les clusters jouent un rôle de catalyseurs dans cette transition. Leur mission est triple : informer et éduquer les entreprises sur les enjeux du MACF, accompagner la mise en place de modèles d’affaires plus durables et faciliter la mise en relation avec des experts qualifiés. ANIMA travaille d’ailleurs à la constitution d’un pool d’experts en transition verte et numérique pour soutenir les entreprises de la région.

En conclusion, le MACF est bien plus qu’une barrière tarifaire ; c’est un accélérateur pour les entreprises qui sauront pivoter vers une production décarbonée, augmentant ainsi leur attractivité sur le marché européen et mondial.